La saison des femmes

Film indien, la Saison des femmes, par Olivier Chiron

La saison des femmes est un film sur la condition de la femme en Inde qui traite des souffrances quotidiennes de la femme en Inde à travers trois héroïnes amies, qui n’ont que le rire et leur corps pour s’en sortir avec la cohabitation. Pas besoin de publicité pour ce film, qui devrait s’imposer par lui-même. Mais comment va réagir la critique en Inde avec ce thème sensible sur la condition féminine ? Il y a une certaine complicité entre les personnages qui s’amusent au risque de déplaire à leurs congénères. C’est le conseil de panchayat qui décide au pied de l’arbre, dès le début du film, sur le cas d’un mariage à trancher. Tradition et modernité se côtoient tout au long du film.

Luttes des femmes au quotidien

Ce film, le troisième film de la réalisatrice féministe, Leena Yadav, du Madhya Pradesh, après Shabd (2005), Teen patti (2010) est débordant de vitalité. Il montre comment des femmes luttent au quotidien contre les hommes alcooliques, et violents. Elles ont besoin d’un exutoire pour oublier leur douleur, notamment le drame de la prostitution. Elles se réfugient dans l’amitié et la solidarité entre elles. Mais ces femmes préfèrent rire entre elles, oublier leurs problèmes et se jouer des hommes, à l’image de la prostituée Lajlo Laji.

Elles finissent par s’échapper en allant en ville réussir une nouvelle vie (fin du film), afin de rompre avec ces traditions qui les écrasent dans l’Inde rurale de l’Etat semi désertique du Gujerat de Narendra Modi. Les scènes du film ont été tournées au Rajasthan ce qui se voit sur les costumes et les maisons avec des motifs tribaux. On apprend beaucoup aussi sur la télévision et le panchayat (conseil de village). Les paysages sont très beaux et offrent une grande bouffée d’air. Les scènes se déroulent sur le rythme saccadé et enjoué d’une musique occidentale et indienne qui accompagne le film avec des assistants américains aux côtés des Indiens donnant au film des accents de Bollywood mais ce n’est pas du Bollywood. Le film se situe plutôt dans la lignée du cinéma indépendant indien. A coté « Fan » avec Sharukh Khan est un navet ; ce film m’a beaucoup plus séduit.

Violence, plaisirs et liberté

Il y a quelques jours, une touriste japonaise a été violée à Kolkata. Cela est fréquent que les hommes violent en groupe les femmes en Inde, et pas seulement les étrangères. La femme indienne doit avoir un caractère bien trempé, pour résister à toutes ces difficultés au quotidien, il est vrai que dans le film elles sont combatives et essayent de sortir des griffes de la gent masculine, souvent agressive à leur égard, y compris au coeur du foyer au moment du repas (scènes violentes du mari avec sa femme battue et giflée). Mais « la Saison des femmes » est plus que cela, c’est une ode aussi à la volupté pour se protéger de la violence, comme son nom indien l’indique « parched », qui peut vouloir dire assoiffé de sexe, assoiffé d’amour, assoiffé de liberté, assoiffé de vie, assoiffé de bonheur ». Parched exprime surtout le manque, le manque d’amour et de liberté et de reconnaissance sociale » dans une Inde rurale qui écrase les femmes, un peu comme dans Mathruboomi, autre film sur la femme écrasée dans sa tradition et encore plus violent.

Ici avec la bande des quatre (Rani, Bijli, Lajjo et Lehar) jouée par Tannnishta Chatterje , Radhika Apte, Surveen Chawla, Lhar Khan, on est plein dans la vie et le rythme aussi du village et du marché au plaisir.

Mais ces femmes vont finir par se défendre et prendre la route pour quitter ce village trop traditionnel et écrasé par la coutume ; il faut aller à MumbaÏ dans une ville libre (« et ne plus se faire acheter par le mac ») ou l’on peut réussir en luttant et en rencontrant d’autres repères socio-spatiaux que le panchayat du village vu au début du film. C’est un bouquet final réussi qui laisserait augurer une suite au film ; mais voilà leur vie et leur succès de femme en ville en dehors du village dépend aussi de l’argent.

Olivier Chiron