CINÉMA : Les aigles du Kirghizistan

Auteur de l’article : Norbert CREUTZ

«Nomades célestes» raconte avec un réalisme poétique la fin d’un monde

Loin de notre sophistication occidentale qui se mord la queue, il fait parfois bon se ressourcer dans un cinéma plus élémentaire, autrement spirituel. C’est le créneau du distributeur Trigon-Films. Une caricature dépassée? Peut-être. Mais ceux que l’éternel combat entre traditions et modernité ne rebute pas devraient jeter un œil à ces «Nomades célestes», ou «Sutak» dans la langue kirghize d’origine. Un beau film qui rejoue une partition connue avec des variations qui suffisent à nous faire à nouveau rêver.

Au fond d’une haute vallée du Kirghizistan, une famille de nomades vit dans une yourte isolée avec son troupeau de chevaux: la petite Umsuna, sa mère Shaiyr et les vieux parents de son père, mort noyé dans la rivière. Son frère aîné Ulan est quant à lui déjà parti étudier l’architecture à la ville et ne revient qu’en vacances. Doivent-ils se méfier du célibataire Ermek, employé dans la station météo voisine qui semble attiré par Shaiyr? Ou plutôt craindre l’avancée des travaux pour une voie ferrée?

Langage poétique

Premier film du fils d’Aktan Abdykalikov (Aktan Arym Kubat, crédité au scénario), seul cinéaste connu de ce lointain pays d’Asie centrale, «Nomades célestes» s’inscrit dans la lignée des films son père, «Le Singe» et «Le Voleur de lumière», déjà distribués par Trigon. Abordée selon le point de vue de la petite fille, cette ode à un mode de vie menacé, en harmonie avec la nature, n’a cependant rien d’idyllique. On découvre petit à petit les tensions familiales, sans oublier des histoires de transformation en aigle pour conjurer la peur de la mort. Quant au poids des traditions, il pèse surtout sur les femmes, qui restent en arrière et endurent.

Malgré quelques maladresses, voilà un film qui allie simplicité et langage poétique pour nous offrir grand bol d’air frais, non sans une sourde inquiétude.

** Nomades célestes (Heavenly Nomadic/Sutak), de Mirlan Abdykalikov (Kirghizistan, 2016), avec Tabyldy Aktanov, Jibek Baktybekova, Taalaikan Abazova, Anar Nazarkulova, Jenish Kangeldiev, Myrza Subanbekov. 1h21