Fatima à Floirac : parcours de vie, parole et écriture

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L’émotion, la réflexion et la convivialité s’étaient donné rendez-vous en cette soirée du 20 mai, à la Maison des Savoir Partagés (M270) à Floirac (Gironde), à l’occasion de la projection du film de Régis Faucon, Fatima (2015). La soirée a gagné en intensité avec la présence de Fatima Elayoun, grâce à la médiation en finesse et précision de Yamna Chadli et à la prestation très prenante du groupe des Floiraconteuses insufflant un supplément d’âme aux textes de Fatima Elayoun, dont la vie a inspiré le film.

 

Afficher l'image d'origineYamna Chadli : L’adaptation de vos écrits au cinéma vous semble-t-elle fidèle ?

Fatima Elayoun : Oui, à quelques détails près, le film correspond au contenu de ce j’ai écrit. Il a su bien transcrire mon vécu de mère qui vit à travers ses enfants.

Yamna Chadli : Comment était votre vie avant le film ?

Ma fierté et mon diplôme c’étaient mes lectures et mon travail d’écriture

Fataima Elayoun : J’ai connu la vie que l’on peut avoir dans une famille nombreuse de 13 frères et sœurs. J’aimais beaucoup les cours d’Histoire mais je n’aimais pas les dictées car l’enseignant faisait payer 10 centimes chaque faute d’orthographe ! Après l’école j’ai appris la broderie et la technique de fabrication des tapis persans. Je me suis instruite aussi en lisant les livres de la bibliothèque de mon frère, notamment les Confessions de Rousseau et des ouvrages sur la révolution bolchévique. Je suis arrivée en France à l’âge de 28 ans. Pendant 14 ans je menais une vie de boulot, dodo. Puis j’ai recommencé à lire : Mon bel oranger (José Mauro de Vasconcelos), Jamais sans ma fille de Betty Mahmoody, Impasse des deux palais de Neguib Mahfouz. Ma fierté et mon diplôme c’étaient mes lectures et mon travail d’écriture.

Yamna Chadli : Comment s’est passée votre relation avec le travail ?

Fatima Elayoun : Personnellement je conçois le travail comme la possibilité de créer de la beauté, cela peut être à partir d’un fil de tapis, et là je sens que mon âme s’envole et chante. Heureusement qu’on a du travail. On a besoin du travail cependant le travail peut aussi blesser mais je préfère lui donner une autre coloration.

             Je suis une chanson et je dépoussière le monde

Yamna Chadli : Vous êtes aussi un poète de la vie au quotidien. Êtes-vous un personnage double ?

Fatima Elayoun : Certainement. Je suis née dans un village, puis j’ai changé complètement de milieu d’abord au Maroc mais surtout en France où j’ai dû m’adapter à un univers complètement différent. J’ai dû être une travailleuse courageuse pour élever mes enfants mais en même temps j’ai besoin de rêve. Je suis aussi une chanson. J’ai toujours travaillé en chantant  l’élégance. En faisant le ménage, je dépoussière le monde.

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            J’ai appris le français pour exister et conquérir le respect

Yamana Chadli : Comment êtes vous venue à l’écriture ?

J’ai dû reprendre l’apprentissage scolaire après être restée 14 ans sans lire un livre.  Quand je me suis inscrite au cours de français, j’ai repris le cartable de l’enfance ; je me plaçais au premier rang devant le prof. Je me passionnais pour des livres tels que Le Colonel Chabert de Balzac, Les Lettres persanes et Les Fleurs du mâle. Je n’ai obtenu qu’un 5 en Histoire mais 14 en arabe. Ce retour à l’école était le passage obligé pour avoir le droit à la lumière. J’ai appris le français pour exister et conquérir le respect.

C’est un accident de travail qui m’a menée vers le chemin de l’écriture. D’abord on n’a pas compris que j’étai cassée de l’intérieur, car il n’y avait pas d’image de fracture à la radio. Deux ans plus tard par un soir de pleine lune je me suis mise à écrire en écrivant mes pensées  sur une feuille de papier. Enfin j’avais une langue. Mais j’ai d’abord écrit pour moi au début.

Yamna Chadli : Êtes-vous aussi un auteur social, une porte-parole ?

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Dans une société de lumière on peut parler, écrire, on peut vivre notre humanité avec courage et audace. J’ai appris le français pour mieux communiquer. Ma politique à moi c’est la sincérité, dire aux gens « Regardez par où je suis passée » et les encourager à se battre. Ma voie c’est d’écrire et de parler.

                                                  Les Floiraconteuses

Comme les trois Mousquetaires, elles sont quatre, quatre voix qui font vivre les textes qui rebondissent d’une voix à l’autre, au cours des lectures théâtralisées. Elles ont enrichi la soirée du 20 mai à la Maison des Savoir Partagés, en faisant résonner la parole d’écriture de Fatima Elayoun, sur un fond musical de oud, le luth arabe.

Rafael Lucas