Dialogue avec l’écrivain algérien Mourad Djebel à l’Université Bordeaux Montaigne

yamana chadli Mourad Djebel

Yamna Chadli, enseignante                       L’écrivain algérien Mourad Djebel 

Bordeaux Montaigne

Lors de la Journée d’Etudes sur L’Intertextualité dans la littérature arabe à la Maison des Sciences de l’Homme de l’Université de Bordeaux Montaigne, le 29 avril 2016, Yamna Chadli, enseignante de l’Université, s’est entretenue avec l’écrivain algérien Mourad Djebel qui habite à Bordeaux. Cet entretien nous a permis de mieux connaître ou de découvrir quelques facettes de la singularité de cet auteur, dont les principales oeuvres s’intitulent : Les Sens interdits (Ed. La Différence, 2001), Les Cinq et Une Nuits de Shahrazède (Ed. La Différence, 2005), Les Paludiques (Poésie, La Différence, 2006) et Contes des trois rives (Ed. Actes Sud, 2011).

Broché – juin 2001

Yamna Chadli : Dans votre œuvre, on sent l’importance de la double activité de remémorer et de raconter.

Mourad Djebel : Oui, nous sommes faits de mots, nous sommes un tissu d’histoires. C’est parfois un fatras de choses souvent incohérentes et incompatibles. Nos récits plus ou moins officiels sont plaqués dans un cadre, comme une photographie, autrement dit ce sont des récits qui ont été élagués pour pouvoir tenir dans un cadre, or moi je m’intéresse à l’aspect non présentable, celui qui se trouve dans les marges. Je m’intéresse à ce non-dit qui figure dans les marges.

                                   Les Cinq et Une Nuits : le salut par la parole

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Yamna Chadli : Comment est né votre deuxième roman, intitulé Les Cinq et Une Nuits de Shahrazède

Mourad Djebel : Mon projet initial était d’écrire une histoire différente des Mille et une nuits. J’avais besoin d’interroger le pouvoir des mots. Notamment, que peuvent les mots contre la mort ? Qui mieux que Shahrazède peut exprimer le rapport complexe qui relie le pouvoir des mots, la mort et le salut ? Peut-on voir l’Histoire en regardant dans les marges ? Dans l’histoire des Mille et une Nuits, Shahrazède sauve les femmes, elle sauve le royaume, elle sauve le roi Shahriar de sa folie. Je n’avais pas l’idée d’écrire un conte de manière traditionnelle. C’est la figure de Shahrazède qui nourrit mon livre. C’est l’histoire d’un manuscrit perdu mais aussi une histoire de coutures de destins. Le travail s’est fait progressivement sur une longue durée,  à la différence des 1001 nuits dont la durée est précisément limitée par le chiffre 1001. C’est aussi l’homme dans son humanité imprévisible qui m’intéresse car l’homme, autant que la langue, est un médiateur entre mondes différents.

                                                 Ce qui m’a poussé à écrire

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Le Professeur Alpha Barry : Qu’est-ce qui vous pousse à écrire ? Est-ce la souffrance, le malaise ?

Cette question appelle des réponses très individuelles, suivant les auteurs. En ce qui me concerne, bien sûr mon métier d’architecte a une influence sur mon écriture, par le souci des lignes et de la construction. J’ai connu un chagrin d’amour qui m’a beaucoup marqué mais mon écriture évolue en même temps que moi et j’évolue en écrivant. De l’Algérie, je suis venu en France, puis j’ai fait un séjour au Bénin. Il y a donc eu plusieurs ruptures dans ma vie, ce qui m’a donné une envie de me poser, c’était l’unique manière pour moi de me lancer dans l’écriture. Pour écrire j’avais juste besoin d’une chambre et d’un peu d’argent. J’ai écrit Les Sens interdits en 8 mois. Mais je n’ai pas de projet préétabli, lorsque j’écris un livre, à la différence de certains auteurs qui prévoient tout à l’avance : l’intrigue, les lieux, les personnages.

Alpha Barry : L’écriture est-elle un refuge ou un repli sur soi ?

Mourad Djebel : Certes, l’écriture implique une période de repli sur soi. J’en profite pour mettre de l’ordre autour de moi ; mettre de l’ordre cela me facilite le travail d’écriture. Mais au bout de longs moments d e solitude, j’éprouve un besoin de sociabilité et je sors à nouveau pour être en contact avec les autres.

         « Je m’intéresse aux frontières non comme limites mais comme lieu de passages »

Contes des trois rives

 Paru le 7 février 2013 Roman (poche)

Yamna Chadli : Dans votre poésie il est question de sable, de sédimentation

Mourad Djebel : Le sable, d’un point de vue symbolique c’est un hymne à la pluralité. Le sable dilue aussi les frontières or je m’intéresse aux frontières, non comme limite mais comme lieu de passage. A ce propos, ce qui me plaît dans les Mille et une nuits, c’est la capacité qu’a ce livre de franchir les frontières. C’est un livre qui est passé de l’Inde à la Perse et au monde arabe, puis il a connu une énorme carrière littéraire une fois traduit en français par Galland, au début du XVIII ème siècle. Ce livre fait maintenant partie du patrimoine universel.

zoom

Poésie – broché – La Difference – septembre 2006